L’on ne peut voir que ce que l’on sait
Nous sommes repartis ce matin vers la grande place et nous avons visité la Kasbah de Chefchaouen, le calme, sans trop de touristes. Dans les faits il n’y avait personne. La ville a été fondée en 1471 et la Kasbah construite la même année. Si vous vous demandez ce qu’est une kasbah, le mot désigne le cœur historique – fortifié ou non – d’une ville d’Afrique du Nord. Voilà pour la minute d’éducation, je vous transmets l’info pour votre culture personnelle.
Ce soir, il y aurait tant à dire sur différents sujets. Par exemple, l’utilisation du cellulaire en public. Je ne suis plus capable. J’ai une relation de rejet face à mon téléphone. Si vous m’appelez, vous êtes certains que je ne répondrai pas sauf si c’est mon enfant. Les autres, vous allez attendre le moment que je juge à propos pour vous parler. Je ne sais pas ce que les gens ont tant à se dire. Je pense aller faire une retraite fermée en arrivant à Montréal, genre Saint-Benoît-du-Lac, le silence.
Dans l’autobus, juste devant nous, il y avait une femme d’un certain âge ou d’un âge certain. À un moment donné son téléphone sonne. Évidemment qu’elle répond. La conversation dure plus d’une heure et pas en sourdine, non, non, non, tout haut, très très haut en arabe. J’avais juste envie de lui faire avaler son téléphone. Je ne comprends pas ce comportement. Croyez-moi ou non, j’ai mis des bouchons dans mes oreilles et en plus mon casque d’écoute Bose, anti-bruit et je l’entendais encore. Je m’excuse, mais dans ce temps là, j’ai une envie folle de tuer. Je ne m’appartiens plus. Une chance pour elle, elle est débarquée à Tétouan. Merci bonsoir madame. Trouvez-vous une vie, calvaire.
Pendant notre trajet en bus, je suis étonnée de constater que le Maroc soit si montagneux, c’est époustouflant. Tout à coup je dis à JF, me semble que ce serait bon un p’tit verre de vin ce soir. Bonne chance. JF se met sur le dossier et trouve le Marrakech Supermarket qui semble être une SAQ marocaine. On arrive à la gare routière et commence le combat du tarif de taxi. Ils ne veulent pas mettre leur foutu compteur. Là encore, je sens un élan de violence en moi. J’ai juste envie d’en frapper un. Je me parle et je me dis, voyons calme-toi. Vous n’avez pas idée de ce que cela demande de gérer ce genre de situation. Je n’ai pas cette patience, une chance que JF est là.
On traverse un boulevard où on risque de se faire tuer en moins de deux. Je commence à être un p’tit peu à boutte. Un taxi s’arrête, il y a déjà un passager, mais ce n’est pas inhabituel, ça se fait de partager un taxi avec des inconnus. Commence l’explication de notre trajet au chauffeur qui ne parle ni anglais, ni français, ni rien. Il ne parle que l’arabe, vous allez me dire normal il vit au Maroc. Vous avez raison. Bref, il décide de nous prendre à bord tout de même, même s’il ne comprend rien et là commence la communication via téléphone cellulaire, geste des mains. Notre objectif est double, se rendre au AIRBNB que nous avons loué et notre envie folle de partir sur une dérive éthylique. La boisson ne mène nulle part, c’est clair. On en a la preuve ce soir. Donc, notre chauffeur qui ne comprend rien, finit avec l’insistance de JF qui ne lâche jamais le morceau, par aboutir à la SAQ marocaine. J’ai pas trop envie de rester avec le chauffeur donc ce sera moi la chargée de projet: objectif alcool. Je descends de la voiture, elle est à peine arrêtée. Je prends mon élan et je cours vers l’antre du péché. Une femme qui achète de la « bouaisson », y’avez-vous pensé? Je fais ça vite parce que le chauffeur a accepté de mettre son compteur. Mes yeux sont comme des lasers, je balaie les différentes étagères. Je cherche un mousseux et un blanc. Zéro femme dans la place, que des hommes. Je choisis deux bouteilles et hop la caisse pour que je sorte de là au plus sacrant. Je sens le regard du caissier et de l’emballeur sur moi. Je paie et je sors sur le trottoir. J’ai une mémoire photographique assez aiguisée. Je balaie des yeux l’endroit où je me suis extirpée du taxi, il n’est plus là, je marche jusqu’au coin de la rue, je ne le vois pas, je me tourne de côté, rien. Je reviens sur mes pas, pas de taxi. Je sens un p’tit vent de panique s’installer en moi. Je suis dans une place “nowhere”, il fait nuit noire et je ne retrouve plus le taxi. Tout à coup, je vois une voiture qui s’approche vers moi, je suis presqu’au milieu de la rue. La voiture s’arrête, c’est JF et le chauffeur. J’entre dans l’auto et là, je dis: “Tab******” je la trouve pas drôle pantoutte, vous étiez où?: “J’ai rien compris aux explications mais le gars qui ne parlait ni anglais, ni français, dis: “Je m’excuse, madame”. JF aussi a eu peur. Il se demandait vraiment où allait le taxi. Il a fallu qu’il intervienne assez fortement, le chauffeur de taxi a confondu ma descente comme étant le premier arrêt et le second arrêt ne concernant que JF. Sauf que, allôôôôô…. si c’était mon arrêt, ma valise était restée dans le coffre. Pas fort, au test de la déduction.
Nous sommes finalement arrivés à notre appartement “haut de gamme”. C’est une petite “inside joke” avec moi-même. J’avais une amie, qui avait toujours des trucs haut de gamme. M’énerve, le haut de gamme. Le factice m’énerve.
Notre hôte Mamoun, très sympathique. Sa maison est superbe. On a de l’espace, enfin ! La vue de la terrasse est tout simplement MA-GNI-FI-QUE et nous voyons l’Espagne de l’autre côté. Cependant, Mamoun, âgé d’à peine 30 ans, fait partie de la classe des priviligiés. Il parle un français et un anglais international, il nous fait réaliser qu’il y a deux classes de Marocain, les riches et les pauvres.
Après avoir tergiversé sur le moyen de nous rendre en Espagne, nous avons finalement opté pour l’avion. Vol de 45 minutes.
Voilà notre journée, ça sent la fin. Tanger semble beaucoup plus européenne qu’africaine. D’ailleurs, lorsque JF y est venu il y a 50 ans, son père disait la même chose.
Sur les autres sujets qui me sont venus en tête aujourd’hui, je voulais vous entretenir sur le patrimoine mondial de l’Unesco. Saviez-vous que la diète méditerranéenne a été déclarée patrimoine immatériel-secteur de la culture…vous voulez savoir ce que j’en pense…la suite demain 🙂









Lorsque les marches sont peintes en bleues, cela veut dire que c’est un cul-de-sac.
Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toutes ressemblances avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne sauraient être que fortuites.
À demain les amis 🙂