Conduire à l’anglaise… So charming!!!

J’étais déjà venue à Londres à deux reprises, en correspondance pour une autre destination, j’avais marché sans but précis,  me contentant de voir les trucs de l’extérieur. Maintenant que j’ai vraiment visité Londres et sillonné la campagne anglaise, je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que, primo l’Angleterre est verte (aussi blonds que sont les Danois) et deuxio, les anglais sont charmants. Anecdote. À l’épicerie nous avions oublié nos sacs et nous avions pas mal de victuailles, un charmant jeune homme nous a offert un de ses sacs qu’il avait dû payer 2 livres, sans que nous n’ayons rien demandé. On a refusé par maladresse. Dans les faits, on ne sait pas toujours comment réagir face à autant de gentillesse.

Comme vous le savez déjà, nous avons loué un VR pour notre périple en Angleterre. Je ne sais pas ou j’avais la tête lorsque j’ai proposé cette idée,  mais plus les journées avancent, plus je sais que nous avons pris la bonne décision.  Des fois, c’est difficile, mais je me trouve pas mal bonne. Je me donne un A.

Alors, l’Angleterre et ses habitants sont charmants,  mais c’est aussi là où l’on roule à gauche. Lorsque je me suis glissée derrière le volant, j’ai eu une petite palpitation. Les premiers miles, je me suis sentie incertaine, instable mais déterminée à faire le tour de l’Angleterre en VR et à mater la bête et les routes. 

Le premier défi? Sortir du stationnement attenant au bureau de notre PDG, les VR sont garés un peu n’importe comment. En termes clairs c’est le bordel. Même si tu sais que le volant est à droite m’asseoir derrière n’a fait que confirmer, que le feeling est vraiment bizarre.  Tu cherches désespérément la ceinture de sécurité à gauche, mais elle est à droite. J’ai mis peut-être deux jours à m’habituer et si vous saviez le nombre de virage en U que j’ai fait parce que certaines rues ne débouchaient  pas, ou on avait mal vu les indications… Infernal.  

Sur la route, c’est là que le vrai test commence. Les “rotoundas”, ce sont ces  ronds-points qui ressemblent à des carrousels géants avec des voitures qui tournent autour comme des chevaux sauvages. Ah oui, il existe même des doubles “rotoundas” et même un carrefour inédit qui fait parler de lui à cause de sa complexité apparente et qui effraie les conducteurs, il est situé Swindon. Ouille.

Moi, je suis là, à l’entrée, essayant de me rappeler si je dois regarder à gauche ou à droite, tout en priant pour que personne ne me klaxonne. Finalement, je m’élance avec la grâce d’une autruche qui essaie de décoller.

Les routes elles-mêmes sont un mystère. Fines comme des cordes à linge, elles serpentent entre les champs, bordées de ces fameuses haies qui, de loin, ont l’air charmantes et bucoliques.

Mais une fois au volant, ces haies deviennent des murs impénétrables. Impossible de voir ce qui arrive en face, et quand un autre véhicule surgit dans le virage, il y là un petit moment de frousse. Tu essaies de faire de la place, mais sur ces routes étroites à double sens mais à une seule voie ce qu’ils appellent  “les singles track roads” avec des “passing places”, tu te demandes souvent si ton miroir ne va pas finir dans le pare-brise du voisin, quand ton mastodonte à une largeur de 7 pieds et 7 pouces. 

Maintenant,les panneaux de signalisation! Même si j’avais lu et relu sur la question, ceux-ci semblent avoir été conçus par des artistes. «Give Way», disent-ils avec délicatesse, ce qui dans le feu de l’action, sonne plus comme un titre de chanson du groupe ABBA que d’une instruction à suivre. 

Puis il y a les « Dual Carriageways », qui sonnent impressionnants, comme si tu allais entrer sur une autoroute à 10 voies… mais non. Deux petites bandes d’asphaltes. 

Les Anglais sont très respectueux des consignes routières, des autres conducteurs et ils semblent que les policiers soient impitoyables. Les Anglais respectent à la lettre les limites de vitesse près des chantiers de construction. J’haïs ce mot, parce qu’il est utilisé à outrance, mais les anglais conduisent avec une vraie bienveillance. Ils sont patients et ne s’énervent pas. L’Anglais va souvent lever légèrement le doigt pour remercier un autre conducteur parce que vous le laissez passer. C’est une manière courante pour les Anglais de signaler leur reconnaissance lorsqu’ils conduisent. 

Dans les « passing places », Il y a aussi des règles à respecte. Le véhicule le plus proche d’une passing place doit s’arrêter – même si ça veut dire faire marche arrière pour se ranger (Merci, mon Dieu, j’ai été épargnée jusqu’à maintenant). En général, on fait des appels de phare pour signaler au véhicule qu’on a la possibilité de se ranger, pour qu’il puisse avancer sans problème. Attention! Si la passing place est à  gauche, tu t’y ranges. Si la passing place est à ta droite, tu dois t’arrêter sur la chaussée et le véhicule en face s’en servira pour contourner ta voiture ou ton mastodonte. 

Je découvre ces règles au fur et à mesure que j’acquière de l’expérience dans la conduite à gauche. Parfois, j’y vais d’instinct et par la suite, je vais lire sur les z’internets  pour comprendre si j’ai fait une connerie ou pas. Un apprentissage en continu. 

Nous sommes arrivés à West Bay en fin d’après-midi. Corvée d’intendance, le lavage. Les lavoirs sont des lieux de constats sociaux incroyables. Lorsque j’arrive dans le commerce, il y a a une jeune mère avec son bébé qui se trouve dans une poussette. Plus vieille que ma Lolotte, je dirais 8-10  mois. Une petite rouquine aux yeux bleus et aux joues rossies par le vent de la mer. Sa mère prend le linge dans la sécheuse, le plie et le place directement dans un gros sac style Costco. La petite regarde sa mère et babille. La maman regarde son enfant et lui montre des pièces de vêtements qu’elle nomme, elle est en interaction avec son bébé. Elle a un style que je qualifierais de “granole” je parierais un p’tit deux qu’elle mange de la luzerne.  Elles quittent quelques minutes plus tard. Je ne connais rien de leur vie…

Le temps que je place les vêtements dans les laveuses, un homme entre avec deux enfants, un garçon et une fillette. Ils parlent forts, le garçon ne cesse de tousser et je m’interroge sur cette toux. S’il  a  la coqueluche, je suis faite. Ils sont assis près de moi. Ils sont cernés. Les enfants ont l’air négligés. Le père donne, à la fillette, son cellulaire. De nos jours, un enfant ne peut rester assis à lire un livre, nenon il faut qu’il gosse sur un téléphone, afin de nourrir son cerveau de conneries. Ils (parce que le père aussi est attentif à l’écran) écoutent une émission qui fait des bing, bang, boum!!! Le son est au maximum. On est tous convié, sans notre consentement, à écouter les mêmes conneries que la petite. Le garçon continue de tousser à s’en fendre les poumons. Je me lève et vais prendre l’air à l’extérieur quelques minutes question de m’éloigner d’eux. Non pas par mépris, juste parce que ça me ramène en arrière dans des souvenirs où je ne veux pas aller. 

Ils m’ont rappelé mes dossiers plaidés à la DPJ. Ces dossiers de négligence parentale, ou on disait que la négligence avait une odeur. Cette odeur est indescriptible pour quelqu’un qui ne travaille pas dans le milieu, mais elle existe vraiment et habituellement ce n’est pas bon signe.  Cet après-midi je l’avais sous le nez à plus de 4000 km de chez moi. 

Triste.

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