
Je me suis réveillée à 11h. Onze heures! Même à l’adolescence, je n’ai jamais atteint pareil sommet de paresse. JF, zen, a magasiné des timbres en attendant que je revienne à la vie.
On a déjeuné-diné d’un seul coup et on est partis marcher. Une bonne dizaine de kilomètres le long de la mer, puis dans le Dieppe “adjacent”. On a grimpé sur un promontoire où trône une petite église, dédiée aux marins morts en mer.

Partout, des souvenirs de la guerre. Des drapeaux canadiens sur les terrains, des plaques commémoratives, l’avenue des Canadiens. Cette marche, nous ramène au 19 août 1942. L’opération Jubilee. Un débarquement raté. À Puy, à peine à l’est de Dieppe, 557 soldats canadiens ont tenté de poser le pied sur la plage. 227 sont morts presque aussitôt. Une guerre encore vivante dans le paysage, dans la mémoire.



Après la marche, j’ai décrété qu’il était l’heure de la crème glacée. D’autant plus qu’hier, on avait raté notre chance — trop occupés à courir après une montre emportée par la marée.
JF a trouvé Tonton le glacier. Pistache pour moi, noisette pour lui, dans des bols. Il revient triomphant, les deux coupes en main… et là, horreur : des cuillères-en-bois-censées-sauver-la-planète.
Je vous le dis, je ne peux pas. Ça me donne des frissons, des spasmes, des hauts le cœur. Le bois, dans la bouche, c’est une torture. Je dois me concentrer pour éviter les dents, la langue et ne surtout pas penser à la texture. Résultat : je ne goûte plus rien. Mon plaisir est ruiné par cette foutue cuillère de bois. Même chose dans les avions maintenant. Comme si ce geste allait rendre les compagnies aériennes de bons citoyens corporatifs et qu’ils allaient sauver je ne sais trop quoi avec leur foutu ustensiles en bois. Alors oui, je traîne mes propres ustensiles recyclés en plastique. Je sais. C’est bizarre. Mais j’en connais qui trimbalent leur bouffe maison. Chacun sa névrose.
En fin de journée, on a roulé vers les falaises d’Ailly et à Hautot-sur-Mer. On a croisé des bunkers allemands. Encore la guerre. On fera presque toutes les plages du débarquement. C’est devenu notre fil conducteur.

On devait manger Chez Polette. Fermé. Ouverture mardi seulement. Dommage, mardi, on sera ailleurs.

Alors on s’est rabattus sur une paella toute prête, du saumon fumé et des acras de morue. Un festin improvisé. Sans cuillère de bois…
Ici bas, l’homme qui cherche à faire fonctionner la cuisinière française, chinoise, coréenne ou suédoise…sans trop de succès.
