Jour 14: Erg Chebbi

Ali et le désert

Je ne veux pas vous casser les oreilles, mais j’ai couché avec ma tuque et mon habit de ski-doo. Il fait froid dans le désert, la nuit. J’ai l’impression que j’ai froid depuis le 16 décembre. Mon thermomètre interne doit être déreglé.

Hassan nous avait proposé une excursion avec un chauffeur qui nous ferait voir le désert autrement. On a dit oui. Notre guide était là ce matin à 11h tapant. Les Marocains sont ponctuels et fiables.

Mais avant, le coucher du soleil sur les dunes de sables. Il y a quelque chose d’irréel dans ce spectacle, le sable à perte de vue et des gens qui y vivent. Mon expérience de dromadaire marocaine s’est beaucoup mieux passée que celle en Jordanie. Notre chamelier était sympathique, nous posait des questions, on a passé un moment assis sur un tapis en haut d’une dune à attendre que le soleil se couche. Irréel. Je ne trouve pas bien les mots pour exprimer ce que je ressens envers cette immensité. J’ai vécu la même chose lorsque j’ai vu le Grand Canyon, même chose à Bryce Canyon, même chose à Zion Park. Je pense que je suis sensible aux grands espaces. Je pense souvent aux premiers explorateurs, ceux qui découvrent ces endroits et y vivent. J’ai vraiment raté ma carrière, j’aurais voulu être reporter pour le National Geographic. Voyager partout. Écrire, sur ce que je vois et ressens. Un beau moment.

Donc nous sommes partis avec Ali vers le village de Mesfils, des nomades devenus sédentaires. Est-ce une « trappe » à touristes, difficile à dire. On reçoit le thé de bienvenue et le couscous. Il est à peine 11h30 le matin, j’ai pas faim mais je me force pour goûter. Mon impression, cela me fait penser à nos villages Inuits. Désolation. Je me sens toujours un peu mal dans ces situations. Un voyeurisme négatif. Mal de jeter mes yeux sur leurs conditions de vie, car appelons un chat un chat selon mes valeurs ils ne possèdent pas les biens de base à leur survie. Ça c’est moi, la nord américaine, blanche, éduquée avec des moyens. Je me rappelais ma nuit sous douze couvertures ma tuque et mon habit de ski-doo et j’ai pensé à leur nuit dans leur abris de fortune, aucune sens. Mais peut-être ne voient-ils pas leur situation comme moi je la vois. J’ai pas osé poser trop de questions à Ali. J’avais une « p’tite gêne » ( 😉 Agnès) comme dirait certains et pourtant j’ai pris quelques photos de la femme en train de préparer le couscous. Mais par pudeur, vous ne les verrez pas.

Nous remontons dans l’auto direction, ancien village minier français abandonné. Si le sujet vous intéresse je vous invite à aller lire l’article sur les z’internets : Le sud est du Maroc, terre d’aventure pour les explorateurs miniers. À côté du village minier, il y a un cimetière berbère.

Par la suite, village Khamlia. Village où les Gnawa habitent, ils sont des descendants d’anciens esclaves originaires de l’Afrique noire. Dans les faits, nous étions sur l’ancienne route des caravanes.

Nous avons également visité un système d’alimentation en eau. Voici le constat d’Ali Baba, l’ingénieur.

Nous avons visité un système d’alimentation en eau potable desservant le village de Hassilabied. Penser qu’il n’y a pas d’eau dans le désert, c’est qu’on n’y est pas allés. L’aménagement qui date des années 1970 comprend deux lignes de puits de surface qui sont joints entre eux par une canalisation souterraine en béton coulé en place qui mesure 450 mm X 300 mm. Le nombre de ces puits doit avoisiner la cinquantaine et ils ont une profondeur de 2 à 4 mètres. Les deux lignes de puits sont raccordées à un regard principal (manhole) sur lequel y est aussi raccordée une canalisation à ciel ouvert d’une longueur de 8 km qui comporte des branches alimentant des jardins appartenant aux familles du village. La canalisation se rend jusqu’au village et l’eau y parvient par gravité et alimente les résidences du village. Lorsqu’un jardin ou une résidence ne requiert pas d’eau, du sable est mis pour bloquer l’eau sur son branchement, j’appellerais ça la version berbère de l’arrêt principal de l’entrée de service.  Ainsi, l’eau continue son chemin permettant aux familles situées  en aval de bénéficier de la précieuse ressource.

Puisque la canalisation et les puits finissent par s’ensabler, une corvée pour y faire l’entretien est organisée annuellement. Chaque famille doit y investir un certain nombre d’heures et ceux qui ne le font pas doivent payer une somme pour que d’autres le fassent à leur place. Ça me semble un beau système coopératif tout ça mais je pose la question à Ali notre guide: Qui fait appliquer les règles? Eh bien, les familles désignent un directeur des eaux dont le nom arabe m’a échappé. Chose certaine, ça semble fonctionner et c’est impressionnant à voir.

Je vous avais parlé de l’heure mauve. Voici la photo

Et la toute première photo dans le désert avec toujours le même linge sur le dos. 😉

Un mot pour dire merci à ceux qui me disent qu’ils aiment ce qu’ils voient et ce qu’ils lisent. Demain direction Fès. Un long trajet à parcourir et vous savez quoi, c’est ma fête et JF a trouvé du vin. Gros party !!!

2 réflexions au sujet de “Jour 14: Erg Chebbi”

  1. Bonjour Michèle!
    Merci de prendre le temps d’écrire le récit de vos journées, c’est mon petit bonheur de les lire à tous les soirs 🙂 J’adore ton style d’écriture, c’est du bonbon!
    Vous me donnez vraiment le goût de retourner dans le nord de l’Afrique, que de beaux souvenirs de voir les dunes du Sahara!
    Soyez prudents et bonne continuation!
    Hélène

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