Jour 23: Malaga-Montréal

Le Club el Morocco et le parfum des femmes suite et fin.

Je suis dans l’avion direction Montréal, lorsque le moment de partir  arrive, je voudrais rester. Il y a encore tant d’endroits que je n’ai pas visité et que j’aimerais voir. Je repartirai bientôt c’est certain. Vous allez me manquer, mais j’ai d’autres projets, soyez sans crainte. 

Nous sommes allés manger au Club El Morocco. Nous n’avons pas fait de grande folie pendant ce voyage. Rien d’extravagant. Mamoun le propriétaire de la maison nous avait mentionné que c’était une bonne table. En Afrique du Nord, on soupe tard comme en Europe.

J’ai réservé pour le premier service, 19h30, La salle à manger du  restaurant se trouve au deuxième étage,  il faut monter dans un escalier étroit où les murs sont peints d’un vert forêt. Un homme attend tout en haut et nous ouvre la porte vitrée. Il nous offre le choix de table, près de la fenêtre ou dans un coin près d’un mur. J’ai peur d’avoir froid (encore), on choisit la table de coin. On commande des apéros, je regarde le décor. Des sièges rouges, des tentures lourdes, la décoration est surannée. J’imagine  Barbara Hutton en train d’y manger avec sa gang de joyeux lurons. Cela n’aurait pas été possible puisque ce restaurant existe depuis 2012 seulement, mais on a l’impression d’être dans une autre époque dès qu’on y met le pied. Il s’écoule environ vingt minutes avant que d’autres clients arrivent. À ma droite, il y a deux jeunes hommes, ils semblent attendre une troisième personne et effectivement un homme plus âgé arrive. Il prend la situation en charge, commande le vin, les entrées etc. Il mène la  barque et  parle excessivement vite en espagnol. Cela semble être un dîner d’affaires.   De biais, un groupe de quatre hommes. Tout au fond, une table de six, trois couples probablement. Au fond à gauche, deux hommes, la table à côté d’eux, un couple et dernière table, une femme seule, fin trentaine début quarantaine. Je l’ai remarquée dès qu’elle est entrée.

Lorsque le groupe de six personnes est arrivé, l’air s’est rempli d’une odeur de parfum sucré capiteux et lourd qui me donne immédiatement  mal à la tête. Je pourrais  reconnaître cette odeur entre mille. Le parfum de Thierry Mugler, ça sent la poudre.   Mais si vous voulez me faire fuir illico, faites brûler de l’encens. Voilà, vous savez tout de moi, le bruit m’indispose et certaines odeurs aussi. 

Je ne comprends pas pourquoi certaines femmes sentent le besoin de se plonger dans leur bouteille de parfum avant de sortir, J’ai remarqué que c’est toujours à peu près le même type de femmes qui ressentent le besoin de nous faire sentir leur parfum de force. Un autre moyen d’attirer l’attention, peut-être, je ne sais pas, j’extrapole, je porte un jugement, mais qui ne juge pas…

Pour revenir à la femme qui se parfume trop, ma mère dirait, le genre qui fait commune et je vous assure ce n’est pas un compliment. Ah, ma mère, si vous le saviez. Attendez je vais vous le dire. J’insiste souvent sur le “comment” ma mère m’a éduquée, mais vous savez quoi, j’ai élevé ma fille de la même manière. Une main de fer dans un gant de velours.

Pour revenir au parfum, quand j’étais petite, je savais où ma mère cachait son parfum, dans le premier tiroir de sa commode dans sa chambre. À l’époque, elle portait le Chanel no 5 et puis un jour, elle a changé. Je porte le même parfum depuis plus de 35 ans. Un Chanel, moi aussi et je ne vous dirai pas lequel. C’est un secret. Ma fille aussi porte un Chanel et ce n’est pas le même que moi. À croire que le parfum Chanel est héréditaire. 

Je reviens à la jeune femme dans le restaurant du Club el Morocco. Je ne sais pas si vous avez déjà voyagé seule, cela demande une certaine dose de courage et une confiance en soi assez forte pour décider d’aller au resto sans être accompagnée. Cette femme m’a rappelé l’année de mes cinquante ans.   

Cette année là, j’ai pris cinquante jours de congé pour mes cinquante ans. Je suis allée au Pérou pendant trois semaines et j’ai fait la route des Incas, 5 jours de marche assez intense pour voir le Machu Picchu en arrivant par la porte du soleil. J’ai passé un col de 4200 mètres. Les Sherpas attendent au bas du col pour voir qui va réussir ou retourner au campement de base. Les sherpas font cette montée en sandale. Assez intense physiquement. 

Après mon voyage au Pérou, je suis partie à Prague pour une quinzaine de jours. J’ai marché, marché et encore marché sauf une fois où j’ai pris le train et où je me suis fait arrêter par le contrôleur de billet. J’ai eu beau plaider la méconnaissance du transport Praguois rien n’y a fait. Je devais payer sur-le-champ, j’ai plaidé que je n’avais pas d’argent sur moi, le contrôleur m’a dit en anglais, pas de problème vous descendez à la prochaine station il y a un guichet vous retirez 750 couronnes tchèque et ça y est votre amende sera payée. J’ai eu chaud, j’avais de l’argent  sur moi, mais j’ai joué la nouille sympathique, la  touriste qui n’est jamais allée nulle part,  je ne pouvais plus reculer. Je suis descendue, je me suis rendue au guichet, le policier  attendait une quinzaine de pied derrière moi, il m’avait demandé mon passeport qu’il “détenait” jusqu’au paiement de l’amende. Je sors les couronnes du guichet, je vais vers le policier, il tend la main pour avoir l’argent. Je dis avec la tête, non, non, mon passeport avant. Il me rend mon passeport, je lui remets l’argent, il me donne un reçu et s’en va. Je pensais bien me retrouver au fin fond d’un poste de police Tchek.

Lors de mon séjour à Prague, j’avais lu que Kafka et d’autres intellectuels aimaient bien aller dans un café | restaurant  le Kavárna Obecní dům, un café art déco où je voulais aller manger,  j’y entre, je suis seule. On m’assigne une place. Je commande du saumon fumé et un verre de vin blanc. Il y a un pianiste au fond de la salle qui joue des airs, tout à coup, il se met à jouer, la chanson “Plus bleu que tes yeux” de Charles Aznavour. L’émotion m’étreint. Je me suis mise à pleurer. J’essayais de retenir mes larmes,  mais j’en étais incapable, j’avais un petit hoquet que je n’arrivais pas à contrôler.  Je ne sais pas ce qui m’a rendu si émotive tout à coup. La même type d’émotion que l’orgue marin de Zadar, en Croatie.

Lorsque j’ai vu cette jeune femme seule, dans ce resto, je me suis demandée ce qu’elle vivait, comment elle se sentait, pourquoi elle était seule. Était-ce un véritable choix, venait-elle de se faire larguer ou venait-elle de larguer quelqu’un. Cela m’a ramenée en arrière et m’a fait penser à ces voyages où j’étais seule et où je ne pouvais compter que sur moi; ont dit que les voyages forment la jeunesse, c’est vrai, mais j’ajouterais que les voyages vous transforment lorsque vous êtes confrontés à vos limites personnelles. 

Voilà, j’ai réussi à écrire un texte par jour pendant 31 jours. Je pose la plume pour un temps. J’ai du lavage à faire 😉 je vais reprendre ma routine, la natation, les cours de piano et simplement profiter du temps. Il y aura sûrement encore d’autres voyages…à très bientôt alors !!!

1 réflexion au sujet de “Jour 23: Malaga-Montréal”

  1. Cà a été un privilège de te lire et tes photos sont magnifiques. J’ai hâte de continuer à suivre les aventures/avatars de GG autour du monde.

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