
Nous sommes partis de Luleå après le dîner. Deux heures de route nous attendaient avant d’arriver à Juoksengi. On a fait un arrêt pour recharger la voiture. Pendant ce temps, j’ai eu un appel Facetime de ma sœur et de mon frère. C’était vraiment l’fun de leur parler, ça m’a fait du bien.
On est finalement arrivés à l’endroit indiqué. Je suis allée finaliser mon inscription, récupérer mon casque de bain, mon bracelet… mais il n’y avait plus de t-shirt à ma taille. 😦 Ils me l’enverront par la poste, m’a-t-on dit.
Une fois les derniers préparatifs faits, nous sommes allés à 1,5 km de là pour voir le véritable site du cercle polaire. On a pris quelques photos et, évidemment, JF voulait absolument se lancer à l’eau pour pouvoir dire qu’il s’était baigné au cercle polaire (résultat : il a le rhume depuis cette nuit…).


Mon chum, qui peut parfois tomber dans des silences profonds, était ce soir-là plus volubile que jamais — je ne saurais dire pourquoi. Il tiquait sur le drapeau Russe qui avait été enlevé du site où se trouve le cercle polaire. L’évènement Swim the artic circle refusait les participants Russes.
Moi, de mon côté, je n’avais qu’une envie : le silence.
Nous sommes retournés au site de départ, là où les autobus doivent venir nous chercher pour nous transporter de l’autre côté, en Finlande. Il y avait beaucoup de moustiques, et moi, je n’ai aucune tolérance pour ces bibittes là : maringouins, mouches noires, brûlots, frappe-à-bord — tout ce qui pique. JF dit que je suis une fille de macadam. L’attente est longue. Il reste encore deux heures.
Finalement, les autobus arrivent, et de plus en plus de nageurs affluent sur le site. Vers 21 h, je monte dans le bus. JF me regarde monter. Je m’assois avec une Irlandaise. On échange quelques banalités, mais je n’ai pas envie de jaser. Le trajet dure environ 50 minutes.


On arrive. Tout le monde descend. Des tentes ont été installées pour qu’on puisse se changer. Il fait chaud. Je commence à enfiler mon wetsuit. Et s’il y a une chose à ne jamais faire avec un wetsuit, c’est de se précipiter. Il faut y aller lentement, bien le positionner, sinon c’est l’inconfort assuré. L’Irlandaise m’a confié dans le bus qu’elle ne portera pas de wetsuit. J’ai un instant de doute… mais avec le recul, je suis bien contente d’avoir mis le mien.
Il fait toujours aussi chaud. L’attente est longue. Les nageurs sont divisés en deux lignes. On attend impatiemment le signal du départ. On annonce le compte à rebours : 3 minutes. J’essaie de rester concentrée, mais les gens parlent autour de moi et ça commence à me taper sur le système. Peut-être le stress qui les fait jaser…
10… 9… 8… 7… 6… 5… 4… 3… 2… 1…
Je suis presqu’à la fin de la première ligne. Mes pieds touchent enfin l’eau. Elle est froide. J’avance lentement pour laisser cette fine pellicule d’eau glacée s’infiltrer entre ma peau et la combinaison. Elle va se réchauffer, je le sais.

Lunettes en place, je donne deux ou trois coups de brasse pour prendre mon élan. Il y a des nageurs tout autour.
Je peine à trouver mon rythme… et en fait, je ne le trouverai jamais. Mes lunettes s’embuent dès les premiers mètres. L’eau est glaciale. Je reviens à la brasse, j’essaie de me concentrer, de garder mes distances pour être plus libre, mais je n’y arrive pas. Je me sens coincée.
J’ai une bonne technique de brasse, mais c’est le crawl ma vraie force. J’avais passé des heures à peaufiner le catch, la coulée, à travailler la glisse. Des répétitions encore et encore. Tout ça… pour rien. Nager en eau libre, ce n’est pas du tout la même chose que de nager en piscine. En piscine, on a des lignes, des murs pour se repousser, une eau calme et claire, une température stable, et aucun souci pour s’orienter. En eau libre, il faut composer avec le froid, le courant, parfois les vagues, les autres nageurs qui te frôlent ou te bousculent, il faut lever la tête régulièrement pour rester dans la bonne direction. C’est une autre discipline, presque un autre sport.
Alors voilà : j’ai nagé les 3 kilomètres à la brasse, et malgré tout, j’ai réussi à les faire en moins de 55 minutes. Techniquement, j’ai commencé l’épreuve le 13 juillet à 00 h 05… et je suis arrivée au fil d’arrivée le 12 juillet à 11h55. C’est fait. Satisfaite mais pas complètement. Je vais devoir me trouver un autre projet…



Je suis sortie de l’eau complètement brûlée. Pas de douche, pas de bain tourbillon, pas de petites douceurs post-épreuve — juste l’envie de me changer, de sauter dans l’auto et de dormir un peu avant notre vol pour Stockholm, prévu à 8 h.
J’ai remarqué plusieurs gars avec des vieux chars américains…


Là, on est à l’hôtel. Demain, ce sera une longue journée : Stockholm–Paris–Montréal.
J’ai hâte d’être chez moi, dans mes affaires. De voir mon enfant… et la Lolotte. Elle marche. 💛
*****
Merci à vous qui avez pris le temps de lire jusqu’au bout. Vos petits mots, vos réactions, même discrets, me donnent de l’élan. Pas besoin de grandes phrases : juste savoir que ça résonne quelque part, ça suffit pour avoir envie de continuer à écrire, à partager, à avancer.
Félicitations pour le succès de cette épreuve et un réel plaisir à lire les condensés de vos périples. Bon retour!
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Merci
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Quelle aventure ! C’est le fun de vous suivre bord en bord de la planète ! A +
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