Nous avons quitté Montréal le 4 juin sur un vol d’Azores Airlines.
L’achat des billets a été un brin compliqué puisque nous voulions faire São Miguel aux Açores puis Madère. Finalement, après beaucoup de taponnage, j’ai fini par trouver des vols corrects — comprendre ici : horaires raisonnables, escales tolérables et prix qui ne demandent pas de vendre un rein.
Sur ces fameux vols “corrects”, nous avons atterri à 6 h 30 du matin aux Açores (2 h 30 du matin à Montréal pour notre cerveau encore en mode brouillard).
Autant dire que le voyage a commencé avant même de commencer.
Un “quelqu’un” devait nous attendre à l’aéroport pour nous amener à la location de voiture. Évidemment, le quelqu’un n’était pas là. Évidemment, il pleuvait. J’appelle une fois. Deux fois. Après dix minutes et un peu d’insistance, le quelqu’un finit par arriver.On saute dans la camionnette direction le pick-up de “la Maserati”.
(C’est un running gag : dans chaque pays, une Maserati m’attend. Parfois une Yaris de Maserati, parfois une Clio de Maserati.)
Nous sommes aux petites heures du matin et notre Airbnb ne sera disponible qu’à 15 h. Je ne tiens plus debout. Dormir dans un avion est impossible pour moi, surtout quand je suis coincée comme une sardine.
On trouve un bord de mer — ce qui est assez facile sur une île — et on fait comme les jeunes : on dort (on essaie)de dormir dans le char.
Enfin… on somnole, disons. Dans les faits, je n’ai pas vraiment dormi depuis que nous sommes partis.
On se déplie tant bien que mal, deux ou trois sessions de physiothérapie seront nécessaires et on file à l’épicerie pour acheter quelques victuailles.
Ensuite, direction l’Airbnb. On entre dans notre palace. On est brûlés. On s’étend pour une heure.


Je me réveille en sursaut. Du bruit dans la rue. Deux secondes pour comprendre que je ne suis pas chez moi. Où suis-je? Ah oui… les Açores. Quelle heure est-il? 19 h 15. Mauvais. Très mauvais.
Je pousse Jean-François.
— Réveille-toi.
— Hein?
— T’as pas mis le réveil?
— Oui.
— Et il est 19h passé.
Après vérification, il réalise qu’il avait mis le réveil pour… le lendemain matin à 5 h 30.
On s’active, on mange, et on part marcher dans le centre historique de Ponta Delgada. C’est beau (mais j’ai vu plus beau). On marche. On marche encore. Une heure plus tard, retour à la casa.
On est ici pour la randonnée, donc l’architecture peut attendre, on ne vient pas à Ponta Degalda pour son “centro historico”. Si tel est le cas, baissez vos attentes un p’tit peu.


Il faut aussi dire quelque chose d’important sur nos voyages. On ne socialise pas beaucoup. Et encore moins avec des Québécois. Ce n’est pas une mission, c’est juste une absence d’objectif.
Avec Jean-François, on a développé une stratégie assez simple : on fait semblant de parler une autre langue. Notre classique, c’est le “russe”. Dès qu’on repère des Québécois, on embarque dans une conversation en Russe.
Ce n’est pas contre eux. C’est juste notre façon de rester dans notre bulle.
Parce qu’en voyage, les Québécois ont souvent cette habitude bien intentionnée de reconnaître d’autres Québécois et de venir jaser.
Nous, on est là pour autre chose et j’aime pas tant échanger sur des futilités avec des gens que je ne connais pas et qui honnêtement ne m’intéresse pas du tout. J’ai pas besoin de faire la jasi-jasette avec qui que ce soit. Je sais, j’ai pas l’air fine de même, mais si c’est ce que vous pensez vous avez tout faux.
Le samedi, journée de récupération. Pas de randonnée. Direction le Parque Terra Nostra, un parc-jardin fondé en 1775. Très beau, très vert, avec une grande piscine thermale à l’entrée.

On fait d’abord le tour du parc avant la baignade dans l’eau ferrugineuse à environ 40 °C. C’est magnifique. Et probablement encore plus impressionnant en pleine saison.




Vers 13 h, pique-nique sur un banc de parc dans le parc, face à un étang rempli d’énormes poissons rouges.
Et là commence le spectacle.
Une fille en maillot arrive. Elle tourne autour de l’étang. Elle hésite. Elle avance. Elle recule.
Je donne un coup de coude à JF.
— Elle va sauter. Regarde, elle va sauter. Elle lève les bras au dessus de sa tête…ça y est…et commence à faire des grands signes. Que fait-elle? Allez saute que je rigole un peu. Mais non, elle interpelle ses « amigos ».
Ils sont maintenant quatre. Tous en maillot, dans un endroit où c’est interdit de circuler ainsi.
Le manège commence. Ils hésitent. Bougent. Reculent. On dirait une performance artistique complètement improvisée genre Cirque du Soleil, version Açores. Ils reculent encore. Se tournent. Fouillent dans leurs sacs. Et là, mon imagination s’emballe.
Ça y est, ils vont sortir des accessoires.
Des lances-flammes.
Des feux de Bengale.
Des cerceaux.
Un trapèze.
Peut-être même une roue enflammée.
Mais non.
Retour brutal à la réalité.
Des sandwichs.
Ils nourrissent les poissons rouges malgré une pancarte gigantesque qui l’interdit.
La nature humaine, parfois, me dépasse.JF me dit de me calmer. Je me calme intérieurement.
Après avoir été très déçue de la prestation des amigos, je déclare qu’il est temps de se lancer dans le spa surdimensionné. On va aux vestiaires. Configuration étrange. JF me suit… dans le vestiaire des femmes.
Tollé immédiat.
Une dame lui fait comprendre très clairement qu’il n’est pas au bon endroit.
Pas surprenant : 99,9 % du temps, JF a la tête ailleurs.
Il ressort gêné de son erreur qui va le tarauder toute la journée…
On arrive à la piscine thermale. Je saute dans l’eau à 40 °C. C’est incroyable.Elle est d’une couleur jaunâtre à cause des minéraux (le fer essentiellement). Je pourrais rester là des heures, mais la recommandation est de 30 minutes maximum.
JF cherche son téléphone pour me photographier. Pas de téléphone. Il vide ses poches. Son sac. Recommence. Panique.
Je lui dis qu’il est probablement resté près de l’étang.
Et là, il part.
Rapide… mais sans courir. Les jambes de JF ne savent pas courir. Long moment. Je retourne dans l’eau. C’est long. Trop long. Finalement, il revient.
Deux téléphones à la main.
Objets trouvés aux objets perdus, puisqu’on voyait sur mon téléphone que celui de JF avançait.
Dossier réglé.
Il entre dans l’eau.
Un peu surpris par la chaleur.
Hot (l’eau) . Sans jeu de mots.


On quitte ensuite pour Furnas. São Miguel est une île volcanique, avec un volcan dormant depuis 1630.. Les fumerolles sont impressionnantes.
JF est fasciné.
Moi un peu moins — j’en avais déjà vues ailleurs.


Je repère beaucoup de Québécois. Trop pour mon humeur du moment. Alors on applique notre stratégie habituelle : le “russe”. Da, het, Do svidania. Ce n’est pas contre eux. C’est juste notre façon de rester dans notre bulle. Mais bon, honnêtement quand je voyage ce n’est pas pour me faire des amis Québécois. Avoir des conversations futiles sur la température et la dernière boutique visitée. Non, merci
Et puis, comme souvent dans les voyages, les scènes s’entrechoquent.Je me retourne et les quatre amigos réapparaissent.
Encore eux.
Ils déambulent dans la zone des fumerolles, pendant qu’un jeune Français pousse une poussette avec un bébé qui dort. Les amigos passent un peu trop près comme au bord de l’étang, ils se promènent de long en large. Rien de dramatique, mais la poussette est légèrement accrochée. Ciel!!! Et là, tout bascule. Le Français réagit immédiatement, à chaud. Il leur fait remarquer qu’ils auraient pu faire attention, voire s’excuser.
Une des amiga répond :
— C’est quoi ton problème?
Lui :
— J’ai pas de problème. Mais vous auriez pu vous excuser.
Petit silence.
La « amiga » finit par lâcher un “j’m’excuse” du bout des lèvres.
Mais au lieu de s’arrêter là, le Français en rajoute :
— Vous savez, il est à moitié Canadien.(dans ma tête, je m’dis tout un argument mon homme)
Ça ne calme rien. Au contraire. La tension remonte.
Et là il dérape complètement :
— Vous parlez un vieux français… grosse vache (ishhh il vient de dire que son chérubin est à moitié Canadien…son petit va parler un Français ancien…pouhaha je me tords).Je fige et JF ne se rend compte de rien, il regarde les fumerolles et tente de comprendre encore plus.
Silence total.
— La femme dit quoi?
— Le Français répète…Grosse vache.
Le mari arrive.
Et là, tout le monde pense la même chose : ça va dégénérer. Il s’avance vers le Français. On retient presque notre souffle. Et puis…
Chute totale.
Il arrive près de lui et lâche calmement :
— Vache ça va… mais “grosse”, t’exagères un peu tab*****.
On décide que c’est assez pour aujourd’hui,mieux vaut s’éloigner des amigos.
Retour à l’appartement. Douche. Resto.
Le lendemain, direction la PR04. La randonnée mythique de São Miguel.
Celle où l’on marche sur la crête d’un ancien volcan et où, si la météo coopère, on peut voir les deux lacs.


Voilà ce que l’on a vu.




On ne verra rien. Purée de pois « big time ». Visibilité zéro. Mais on se sera quand même tapé la partie la plus robuste de la randonnée. Ce matin, au réveil, le corps s’en souvient très clairement.
Les jambes aussi, mais on repart vers une autre randonnée. À suivre, on reverra peut-être nos quatre “amigos…qui sont finalement des Québécois”. La suite promet.